rencontre avec…

Psy est un « vieux » graffeur. Il a commencé en 84, avec le blaze ACCRO. Ce qui est fou chez lui, c’est qu’il a un énorme talent sans être passé par une école d’Art.Comme quoi les cours ne font pas tout…

–                Comment tu as choisi ton blaze ?

A l’automne 86, il y avait un groupe terroriste qui s’appelait Action Directe, et partout on parlait de « la psychose de ci… la psychose de ça… ».  La « psychose », c’était un mal-être, quelque chose que tu ne connaissais pas auparavant, quelque chose qui t’impressionnait. Je trouvais que ça représentait bien la montée du graffiti (le graffiti, c’était une poignée de gens en France, au maximum une vingtaine de personnes) parce que, à l’époque, tu faisais un tag dans le métro, les gens, ils n’avaient pas peur mais ils étaient impressionnés, ils ne savaient pas ce que c’était, je trouvais que ça allait bien.

En même temps, « Psyckoze », huit lettres, ça peut être un gros graf, ça peut être petit, « Psy », trois lettres, tu peux le moduler de plein de façons différentes. Si tu regardes sur un feuille de papier, le « p » c’est un peu le miroir du « y » (il dessine), si tu mets un « s » au milieu, ça t’équilibre les deux lettres.  Je trouvais qu’au niveau de la calligraphie c’était des lettres intéressantes.

Enfin, « psyckoze » c’est international, ça vient du grec, « psy » c’est la racine de tout un tas de trucs, « psy » c’est aussi l’ « âme »  ou l’ « esprit », c’est un mot assez fort.

–                Tu travailles parallèlement sur des toiles (ou du papier) et dans la rue.  Est-ce que tu as les mêmes sujets, dans la rue j’ai vu ton nom, mais pas tes bonshommes…

Ce n’est pas moi qui ai inventé le graffiti, c’est une culture, et dans cette culture, il y a des codes.

Ça a commencé par les lettres, et moi, je suis affilié à cette génération, aux « flops », au grafs, aux lettres… C’est la forme la plus pure du graffiti, c’est la base du truc. Quand je suis dans la rue, je parle avec des lettres, c’est là où je prends toute mon énergie, c’est ce qui me donne mon inspiration pour, ensuite, faire un travail sur toile. Tout le monde ne fait pas les personnages que j’ai faits par exemple, mais mes personnages je les exécute comment ? Je les exécute comme un tag, c’est à dire qu’avant de les faire je ne sais pas comment ils vont être, je les fais d’un seul trait, expression, vitesse, dynamique… Je reprends les codes du graffiti que je transforme et montre de façon plus personnelle.

Mes personnages, c’est une forme de typographie, une forme de « lettres » que je me suis inventée.

Quand je travaille sur toile, c’est un amalgame : parfois « contour/ remplissage », certaines choses abstraites, c’est la dynamique du trait, là c’est plus la coulure, le côté « sale », à chaque fois tu retrouves un côté du graffiti, mais c’est une manière plus personnelle et plus artistique de présenter mon travail, c’est là où, après tant d’années, à force d’essayer ça, plus ça, plus ça, tout devient un style propre, c’est là où, à mon avis tu deviens artiste. Mais pour ça, il faut trouver ta propre personnalité et ça prend beaucoup, beaucoup de temps.

– Avec tes toiles, tes sérigraphies ou tes sculptures tu es invité dans des galeries reconnues. Tu es invité par l’ambassade de France et l’Alliance Française au Japon ou en Inde pour peindre sur les murs. Si tu graffes dans la rue à Paris, tu es toujours susceptible d’être arrêté par la police. Qu’est-ce que tu penses de ça ?

Je suis pour les choses un peu subversives, c’est ce qui fait évoluer dans la vie. Si tu ne mets pas un peu de rouge pour que ça bouge, il ne se passe pas grand-chose. J’ai toujours été dans l’illégalité, mais j’ai toujours été sincère avec mon prochain, je ne me suis jamais caché. Je ne suis pas pour le graffeur qui met une cagoule parce que ça veut dire qu’il se reproche des choses, qu’il va faire des qui sont pas forcément bien, qu’il estime que ce qu’il va faire c’est naze… pas naze, mais interdit, vandale…etc.

Je n’ai jamais eu le sentiment d’être un vandale. J’ai fait des choses un peu vandales parfois, avec des extincteurs sur les bords d’autoroute, mais tu vois, je vais le faire sur le bord de l’autoroute, je ne vais pas le faire sur la maison du voisin. Je ne fais pas des choses pour détruire, au contraire, pour construire, pour lancer un message. Je ne vais pas faire un graf pour faire chier le monde, je vais plutôt mettre de la couleur là il n’y en a plus, dans un endroit où il n’y a plus de vie, j’essaye de participer… à la vie, tout simplement.


C’est sûr qu’il y a un paradoxe entre le fait d’aller faire un gros tag avec un extincteur sur le bord de l’autoroute et être invité par des ministres pour aller repeindre des ambassades ! Mais il ne faut pas faire des raccourcis hâtifs, c’est un mélange de plein de choses…

–                Comme sur le sac que tu m’as offert, sur les sérigraphies que tu as exposées à la Régie, ou sur les photos que j’ai vues de ce que tu as peint au Japon ou en Inde, ton « Ange » revient souvent. Quelle importance a-t-il pour toi ? quelle signification lui accordes-tu ?

Nous sommes dans un monde où chacun ne pense qu’à sa gueule et de moins en moins à l’amour.

Je trouve qu’il faut en revenir à des choses simplistes et à l’iconographie.

C’est simpliste et naïf je dirais, mais tout est tellement réfléchi et calculé à l’heure actuelle dans la société occidentale… Je crois un peu aux anges gardiens, pas forcément de façon religieuse, mais je crois qu’on est tous le prochain de l’autre, on est tous un peu le reflet de l’autre. Le respect de l’autre, le partage, ce sont des valeurs qui pour moi sont essentielles.

Quand j’ai commencé à pouvoir voyager, je me suis dit : « La peinture est un langage universel, je vais essayer de faire  un dessin un peu logotype (un peu comme Le Chat par exemple, son chat jaune on le reconnaît partout), comme un message récurrent à travers le monde : « ON PREND SOIN DE L’AMOUR ».

Un Canard nommé Pablo

2.02.2010

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