Billie Jean King, ou la bataille des sexes

Photo Bettman / Corbis

Aujourd’hui, je sors un peu de ma rubrique, mais je reste dans le domaine du féminisme. Vous avez sûrement entendu parler du film Battle of Sexes avec Emma Stone, sorti il y a quelques jours. Vous savez aussi peut-être qu’il parle de Billie Jean King, une tenniswoman très engagée pour la cause des femmes. Au cas où vous ne la connaitriez pas (et même si vous la connaissez d’ailleurs ) cet article est pour vous.

Billie Jean Moffit King (née le 22 novembre 1943 à Long Beach, en Californie) est une célèbre tenniswoman américaine, renommée grâce aux nombreux prix qu’elle a remportés (39 titres au Grand Chelem) mais surtout grâce à son parcours féministe.

Elevée par une mère femme au foyer, un père pompier et mariée à un certain Larry (un grand féministe), Billie découvre son attirance pour les femmes et vécut une histoire d’amour avec son assistante, Marilyn Barnett. A cause de ça, au bout de quelques années, la jeune tenniswoman se voit abandonnée par tous ses sponsors. Elle divorcera de Larry en 1987, mais lui ne l’abandonnera pas et elle sera choisie pour être la marraine de ses enfants avec sa nouvelle compagne. Mais bien sûr, toute cette mini-biographie n’est pas le centre du sujet de cet article.

En effet, je suis ici pour vous parler de ce qui, à mes yeux, représente la période la plus importante de la vie de Billie Jean King. Tout commença avec un tennisman, Bobby Riggs (ex champion du Monde), qu’on qualifie aussi de misogyne et provocateur. Alors que Billie déplorait le fait que le tennis masculin soit plus renommé que le tennis féminin, ce brillant M.Riggs lui a affirmé que c’était parce que les hommes étaient évidemment bien plus forts que les femmes (il est peut-être inutile de préciser que Bobby pense que la place des femmes est à la maison, dans la cuisine). Billie en est indignée. Le tennisman met alors la tenniswoman au défi lors d’un match mixte, pour que Riggs puisse prouver ses dires. Le jour décisif arrive, le 20 septembre 1973. La bataille des sexes commence, et se termine avec une victoire écrasante de la part de Mme Jean King (match en 3 set : 6-4, 6-3, 6-3). Ce jour, là, elle prouva au monde entier que les femmes avaient leur place dans le monde sportif, malgré tous les clichés existants.

Donc si un jour on vous dit que les femmes sont moins sportives que les hommes, vous pourrez toujours sortir cette histoire à votre interlocuteur pour lui prouver le contraire (et aussi pour vous la péter et montrer que vous avez un minimum de culture générale).

Juste une petite parenthèse pour finir : contrairement à ce que vous pouvez croire, ce n’est absolument pas Billie Jean King qui a inspirée Mickael Jackson pour sa chanson « Billie Jean ».

Madeleine

ces femmes culottées – Jesselyn Radack

Dans ce nouvel article de la rubrique, je vais vous parler de Jesselyn Radack, une avocate américaine. Alors que la justice aux Etats-Unis était de moins en moins juste suite à l’attaque du 11 septembre 2001, elle a su faire éclater la vérité malgré sa position de simple avocate. Voici son histoire…

Jesselyn Alicia Radack est née le 12 décembre 1970 près de Washington DC. Elle fait de brillantes études à l’Université Brown, et sort major en sciences politiques et civilisation américaine. Jesselyn poursuit son apprentissage à Yale, en droit. Le rêve de la jeune femme est de travailler dans la justice, elle y parvient en 1995 et entre à la récente unité d’éthique du ministère.

C’est alors que le 11 septembre 2001, un terrible événement qui va beaucoup marquer les esprits se produit : l’attentat qui détruit les tours jumelles de New York. Dès lors, la justice américaine entame une chasse aux terroristes qui va parfois dépasser les limites de la légalité. Un jour, Jesselyn reçoit un appel du procureur à propos du service du contre-terrorisme : le FBI a capturé un américain qui se battait avec les talibans en Afghanistan, John Walter Lindh. Le FBI demande à Jesselyn si ses agents peuvent interroger le suspect sans avocat. Bien sûr, la jeune avocate n’est pas d’accord. Et bien sûr, le service du contre-terrorisme le fait quand même ! Sachant que c’est illégal, Jesselyn leur dit de ne pas utiliser le témoignage contre John Walter LIndh lui-même. Mais l’avocat général annonce qu’ils ont capturé un terroriste et qu’ils vont le poursuivre. La justice affirme que les droits du suspect vont être scrupuleusement respectés, et que le détenu n’aurait pas pris d’avocat. Le suspect est torturé encore et encore et finit par avouer.

Jesselyn est bouleversée par ces mensonges qui ne rendent pas justice. Elle parle à sa supérieure et découvre bientôt que le gouvernement cherche à étouffer l’affaire. La jeune avocate se souvient alors d’avoir conservé un échange par mail entre elle et le procureur qui prouve l’illégalité des actions gouvernementales. Malheureusement, les mails ont mystérieusement disparus. Malgré tout, Jesselyn ne se décourage pas. Elle fait appel au service technique et réussi à récupérer l’échange qu’elle imprime et envoie à sa supérieure (tout en préservant une copie, au cas où le dossier disparaîtrait à nouveau). Puis elle démissionne de son boulot de rêve (et, par ailleurs, tombe enceinte de son troisième enfant). Jesselyn se fait engager dans un cabinet privé. Bizarrement, personne n’a jamais entendu parler des mails qui accusaient le gouvernement d’abus de pouvoir. Elle n’y tient plus : l’avocate envoie les dossiers à Newsweek pour qu’ils publient un article, mais sans citer son nom. Le scandale éclate en une du magazine, mais le nom de Jesselyn Radack est cité.

Alors qu’elle croyait s’être débarrassée d’un lourd poids, elle apprend qu’elle fait l’objet d’une enquête criminelle. Le cabinet où elle travaille reçoit des appels du Ministère de la Justice qui leur disent qu’ils ont engagé une criminelle qui peut voler des dossiers. Jesselyn est suspendue et devient rapidement ruinée. Elle est harcelée par les enquêteurs, elle est insultée dans les journaux. Sa nervosité lui provoque des poussées de sclérose, elle est obligée de prendre des avocats pour la défendre. Jesselyn apprend qu’elle va se faire arrêter chez elle, le lendemain, devant ses enfants et ses voisins. Elle fait une fausse couche durant la nuit. Jesselyn sait que l’administration Bush essaie de la détruire. Les charges contre elle sont finalement abandonnées, mais elle se doute bien que ce n’est pas le cas de nombreux ex-employés de l’état, poursuivis pour les mêmes raisons.

Guidée par la colère, elle entreprend d’aider les lanceurs d’alertes. Pour les aider, elle fait des apparitions devant les médias où elle dénonce le gouvernement. Avec des journalistes, des lanceurs d’alertes et des anciens du gouvernement, elle crée une plateforme d’information et de protection des sources : ExposeFacts. Grâce à de la haute technologie, les lanceurs d’alertes peuvent donner leurs dossiers qui sont transmis aux médias. Jesselyn lance en 2015 un réseau qui peut apporter une aide juridique et des solutions de cryptage destinées aux dits lanceurs d’alertes. L’idéaliste affirme que même si le 11 septembre a été le début de la pire période de sa vie, cela a engendré son engagement pour la justice, et elle sait maintenant qu’elle sera toujours du bon côté.

Madeleine

ces femmes culottées-Ada Lovelace

Pour la rentrée des Culottées, je vous propose la biographie du premier programmeur informatique. Enfin, programmeuse, car Ada Lovelace était bien une femme ! Et oui, les femmes ne sont pas bonnes qu’au ménage et à la cuisine ! (je tiens juste à préciser que cette biographie ne figure pas dans les livres « Culottées » de Pénélope Bagieu ) Bref, voici son histoire…

Ada Lovelace, née Byron, vit le jour le 10 décembre 1815 à Londres de l’union du poète Lord Byron et de l’intellectuelle Anabella Milbanke. La jeune Ada ne connut pas son père, car Annabella l’avait quitté pour l’éloigner de sa fille, lui assurant ainsi une éducation sérieuse loin des bizarreries poétiques de Lord Byron. Annabella Milbanke se passionnait pour les mathématiques et fit en sorte qu’Ada reçoive un enseignement approfondi dans ce domaine, évitant ainsi que la petite suive l’exemple de son père. Accompagnée par de bons tuteurs, Ada fut brillamment formée en sciences et mathématiques, ce qui, pour l’époque, était assez incongru. En effet, ce n’était pas tous les jours que l’on voyait une fille de la noblesse qui bénéficiait d’un tel apprentissage, la science était réservée aux hommes, « les femmes ne disposant pas de l’énergie mentale et physique nécessaire ». C’est pourquoi on observa le comportement d’Ada au cours de ses études scientifiques, et on diagnostiqua des nausées et des douleurs abominables qu’on associa à son travail. Bien sûr, il était possible que la jeune fille eut une santé fragile, mais elle réussit à atteindre un niveau exceptionnel en mathématiques.

Quand elle eut 17 ans, la tutrice d’Ada, Mary Sommerville (une chercheuse renommée du XIXe siècle) présenta à sa pupille Charles Babbage, un mathématicien qui enseignait à l’Université de Cambridge (on le considère aujourd’hui comme le « père des ordinateurs modernes »). Passionnée par la « machine à différences » (première calculatrice) de Charles, la jeune Ada devint très proche du scientifique. Cette amitié permit à le jeune fille de débuter dans l’informatique. Par l’intermédiaire d’une correspondance de 10 ans avec Charles Babbage, Ada perfectionna son savoir en mathématiques et fut témoin du développement de la fameuse machine à différences. Mais Charles Babbage avait d’autres projets en tête, des idées plus ambitieuses. Son amie découvrit qu’il voulait construire une machine analytique (l’ancêtre de l’ordinateur) et elle assista à la conception de cette machine qui pourtant semblait inconcevable. Grâce à cela, Ada fit son entrée dans le monde des ordinateurs et de l’informatique.

En se mariant en 1835 avec William King, Ada devint La très honorable Augusta Ada, comtesse Lovelace. Les deux époux eurent trois enfants : Byron (né en 1836), Annabella (née en 1837) et Ralph Gordon (né en 1839). Les trois grossesses de la comtesse aggravèrent sa situation de santé déjà fragile, elle ne put donc pas se consacrer énormément à ses passions, les mathématiques et l’informatique. En 1839, Ada décida de recommencer ses activités, et demanda à son ami Charles de lui trouver un nouveau tuteur. Ce fut Auguste De Morgan, professeur à l’Université de Londres qui s’en chargea. Lady Lovelace apprit l’algèbre, la logique et l’analyse. Auguste De Morgan vit en elle une femme créative, qui avait une pensée élaborée, ce qui lui permettrait de réaliser de grandes découvertes en mathématiques.

C’est grâce à un article sur la machine analytique de Babbage (qui parut dans un journal italien en 1842) qu’Ada put exposer son point de vue scientifique. Chargée de la traduction du texte pour un journal anglais, la jeune femme, encouragée par Charles, ajouta ses propres notes.  Ada exposait en détail les éléments et le fonctionnement de la machine. Elle avait un style et une philosophie bien à elle, et grâce à ses écrits, Babbage estima son travail supérieur à l’analyse originale. Dans son article, Ada publia le premier algorithme (suite d’ordres que l’on donne à une machine pour qu’elle exécute ce qu’on lui demande) que l’invention de Babbage pouvait exécuter. Le programme, qu’elle présenta sous forme de tableau, était beaucoup plus compliqué que les petits programmes inventés par Charles, car il permetait de calculer les nombres de Bernoulli (une suite de nombres très complexes). Le tout premier programme informatique avait été créé. Et c’était l’oeuvre d’Ada Lovelace.

Mais le gouvernement arrêta de financer les travaux de Charles Babbage sur la machine analytique, donc Ada se mit à jouer pour gagner plus d’argent. Elle perdit beaucoup et s’endetta. Elle était totalement ruinée, et les deux amis scientifiques ne purent connaître la machine analytique de leur vivant, car elle était trop chère à construire.

Ada Lovelace mourut d’un cancer de l’utérus à 36 ans le 27 novembre 1852. Son mari hérita des nombreuses dettes de sa femme. Comme elle le désirait, on l’enterra à côté de son père.

Donc maintenant, vous pouvez être fières de savoir qu’une des plus grandes mathématiciennes, innovatrice et très intelligente était une femme.

Madeleine

 

surdoués

Il n’y a pas que des  mauvaises nouvelles dans les médias – même si en découvrant ces articles dans Courrier International, j’ai cru d’abord qu’une personne s’était pris un satellite sur la tête !

Donc, dans Courrier International, il y a une rubrique qui se nomme « Ils dessinent le futur » et qui parle d’adolescents ou de jeunes, surdoués ou très intelligents et qui ont de grandes idées pour l’avenir de l’humanité.

Jacob Barnett (Photo Jessica Darmanin)

Dans le n° 1387, on nous présente Jacob Barnett, américain, diagnostiqué autiste quand il était petit et qui, selon les médecins, n’aurait jamais dû parler, ni lire, ni même lacer ses chaussures. Mais les médecins s’étaient trompés ! Dès 3 ans, Jacob pouvait répondre à des questions complexes de physique (sans jamais avoir pris de cours), à 10 ans, après avoir dévoré le programme du lycée, il arrivait à l’Université. Aujourd’hui, à 19 ans, il est en train de passer son doctorat et il pourrait bien devenir un futur prix Nobel !

Rifath Sharook et son invention

Dans le n°1389, on nous présente Rifath Sharook, de nationalité indienne, qui a inventé un satellite de 64 grammes, le plus petit satellite du monde. Son projet, réalisé grâce à une imprimante 3D a été sélectionné par la NASA parmi 86 000 projets issus de 56 pays !

On peut compter sur la jeunesse !

Amine; )

 

ces femmes culottées- Mae Jemison

Pour ce nouvel article de la rubrique « Ces femmes culottées », je vais vous raconter la vie d’une astronaute, Mae Jemison. A son époque, ce métier était principalement réservé aux hommes, mais elle s’est battue et a réalisé son rêve. Voici son histoire…

Mae Carol Jemison voit le jour le 17 octobre 1956 en Alabama. La petite afro-américaine a peur de tout, du vide, du noir… Alors pour survivre en étant la cadette de sa famille, elle doit être plus agile et plus rusée. A l’école maternelle, elle déclare qu’adulte, elle voudrait devenir scientifique ( pas infirmière, bien sûr, une scientifique comme les savants fous ! ). Mais, malheureusement, le fait d’être une femme noire n’est pas très avantageux pour ce genre de profession, et Mae devra en baver pour y arriver…

Sa famille déménage dans un quartier de Chicago où la guerre des gangs est très présente. Les Jemison vivent entourés de coups de feu et de bagarres. Finalement, ils quittent cet endroit pour s’installer dans un quartier où la jeune Mae est pratiquement la seule noire. Elle s’intéresse à tout et pose tout le temps des questions, mais sa mère, trop occupée, lui dit de se débrouiller toute seule. Pendant son adolescence, en plus de vouloir faire de la danse, elle est passionnée par l’espace. Mais les revenus de ses parents ne leur permettent pas d’acheter un télescope à leur fille. Alors Mae passe son temps au planétarium. En regardant l’espace, elle oublie ses peurs. Elle lit des romans de science fiction, mais dans ces histoires, les héroïnes ne sont ni des noires, ni des femmes. Ses parents l’encouragent à assumer sa position de femme noire, car elle est belle comme elle est.

Martin Luther King est assassiné. La paix n’existe plus en ville. Les policiers ont l’autorisation de tuer des gens. Dans le quartier de Mae, un jeune de 13 ans meurt d’une balle tirée par un membre des forces de l’ordre. Mae ne se sent plus en sécurité. Elle a peur. Mais elle commence à s’énerver, car, même si elle descend d’une famille d’esclaves et que ses ancêtres n’avaient aucun droit, elle vit dans ce pays et elle compte. Elle s’accroche toujours à son rêve de devenir scientifique et, au lycée, elle est très bonne en biologie. Mae réalise un projet de science sur une maladie génétique qui touche beaucoup la population afro-américaine : l’anémie falciforme. Comme d’habitude, sa mère ne l’aide pas, alors la jeune fille appelle le Cook County Hospital pour avoir plus d’informations. Les directeurs de laboratoire lui proposent de venir à l’hôpital. Arrivée là-bas, on l’autorise à observer autant qu’elle veut, mais sans donner de réponses, pour que Mae les trouvent par elle-même. Alors elle cherche, parcourant plein d’articles et en travaillant très dur. A 15 ans, les chercheurs lui parlent comme si elle était l’une des leurs.

Après le lycée, plusieurs universités prestigieuses lui proposent une place, et Mae choisit de faire ses études dans l’endroit de ses rêves, à Stanford, en Californie. 4 ans plus tard, elle est diplômée en ingénierie chimique et en études afro-américaines ( je tiens à ajouter qu’elle pratique aussi la danse africaine, le swahili, le russe et la politique subsaharienne ). Elle va faire des études de médecine à New York, et malgré les obstacles qui viennent du fait que c’est une femme noire d’un milieu modeste, elle réussit à prouver qu’elle est intelligente. Là-bas, Mae travaille BEAUCOUP plus qu’à Stanford, mais cela vaut le coup, car elle part bientôt faire un stage au Kenya et réalise donc un de ses rêves. Mae ne veut plus retourner à New Yok, alors elle propose sa candidature à toutes les ONG qui travaillent en Afrique. La jeune fille est prise aux Peace Corps au Liberia et au Sierra Léone. Sans matériel ni médicaments, elle devra soigner les pires virus hémorragiques. Mais Mae ne veut pas vraiment pratiquer la médecine. Comme la NASA recrute à cette époque là, elle envoie sa candidature, et, un an plus tard, reçoit une réponse positive. Elle va donc à Houston, au Texas pour suivre une formation  EXTREMEMENT physique à la NASA. Mais elle y arrive enfin, et devient la première femme noire à aller dans l’espace. Après 6 ans de missions, elle quitte la NASA et donne des cours d’études environnementales. Puis elle fonde un camp scientifique pour les 12-16 ans.

Un jour, à une convention de fans de Star Trek, on apprend par hasard qu’elle est astronaute. En plus d’avoir été la première femme noire à aller dans l’espace, Mae Jemison est la première astronaute à avoir joué dans un épisode de Star Trek.

Madeleine

ces femmes culottées : Frances Glessner

Aujourd’hui, pour le deuxième article de la série Ces femmes culottées, j’ai décidé de vous raconter la vie de Frances Glessner, une « miniaturiste du crime ». Si ce terme vous est inconnu, ne vous inquiétez pas, vous allez vite comprendre en lisant l’article. Voici donc l’histoire de cette femme culottée…

Frances Glessner voit le jour à Chicago, le 25 mars 1878. Tout le monde l’appelle Fanny. Elle ne va pas à l’école et pratique des activités de jeune fille convenable : couture, broderie, et, comme le veut la tradition victorienne, crée des miniatures ( représentation d’une scène et de personnages à toute petite échelle ).  Lorsque son frère va étudier la médecine à Harvard, elle espère aussi pouvoir aller à l’université. Mais, bien sûr, à cette époque,  il est inimaginable qu’une jeune fille fasse des études.

Fanny épouse Blewet Lee, un avocat, à l’âge de 19 ans. Ils ont trois enfants. La jeune femme est vite agacée et malheureuse par ce rôle de ménagère,  et aimerait se rendre utile à sa société.  Elle s’occupe comme elle peut continuant ses miniatures, et s’incruste dans les discussions des copains médecins de son frère, raffolant de toutes leurs histoires. Elle se lie particulièrement d’amitié avec George, qui devient son meilleur ami. Il s’intéresse à la médecine légale et  raconte à Fanny la difficulté à faire correctement son travail sur une scène de crime, car les policiers déplacent le corps, marchent dans le sang… car les gens ne se donnent pas beaucoup de peine pour résoudre les meurtres, à cette époque là. Fanny est captivée par le sujet, et s’interroge toujours plus.

Elle divorce 16 ans après son mariage. Son frère, puis sa mère, puis son père meurent et elle hérite des millions de dollars de sa famille, à 55 ans. Maintenant qu’elle est très riche, et avec tout le temps qu’elle a, Fanny décide de réformer la médecine légale de son pays. Elle offre énormément d’argent à l’université de Harvard pour qu’ils créent un cursus dans ce domaine et une bibliothèque spécialisée. Grâce à Fanny, c’est son ami George qui assure les cours, et elle n’en manque pas un. George meurt deux ans plus tard, alors que Fanny est devenue une experte en la matière.

Elle fonde la Harvard Associates in police science ( HAPS ) et organise des cours, afin d’apprendre aux policiers et aux médecins à « interroger » une scène de crime. Mais il est difficile d’enseigner la médecine légale sans pouvoir emmener ses disciples sur de vraies scènes de crime.  Fanny à alors l’idée de créer des miniatures de ces scènes de crime. Elle appelle ça des « Nutshell studies of unexplained deaths » ( des études en bref de morts inexpliquées ). Pour les réaliser, elle reprend scrupuleusement les rapports d’autopsies et de police. Sur ses maquettes, on trouve tout comme la vraie scène de crime, jusqu’au moindre détail. Les participants ont 90 minutes pour étudier la scène, sans forcément résoudre l’enquête mais au moins apprendre à s’interroger intelligemment. Les policiers finissent finalement par reconnaître l’efficacité de cette méthode. Fanny est nommée capitaine de la police du New Hampshire, c’est la première femme à obtenir ce titre.

Fanny meurt à 84 ans. Harvard jette les Nutshell Studies et ferme le département de médecine légale. Mais un professeur les récupère et les restaure afin de les réutiliser, pour former la police du Maryland. Le pays tout entier va petit à petit adopter cette méthode et réformer les procédés en vigueur sur les scènes de crimes, puis former de vrais médecins légistes. Deux fois par an, le HAPS organise toujours des séminaires, et les Nutshell Studies sont toujours utilisées par les criminologues.

Pour Fanny, tout cela n’était qu’un hobby, elle n’avait reçu aucune formation, et elle a réussi  à faire en sorte que la médecine légale soit réformée.

Madeleine

ces femmes culottées : Nellie Bly

Pour inaugurer cette rubrique féministe, j’ai décidé de vous faire la biographie d’une journaliste particulière : Nellie Bly. J’ai dit « particulière » parce que ce n’est pas n’importe qui. C’est en effet Nellie Bly qui a inventé le journalisme d’investigation. Voici son histoire…

Elizabeth Colchran voit le jour le 5 mai 1864 au sein d’une famille aisée, à Colchran’s Mills ( son village se nomme comme elle car son père possède la moitié du domaine et des moulins locaux). Elizabeth est née du deuxième mariage de son père, et elle a 14 frères et soeurs. Comme elle s’habille toujours en rose, sa famille lui attribue le surnom de « Pinky ». Elle le montrera plus tard, mais Pinky est l’enfant la plus rebelle et  la plus têtue de toute la fratrie Colchran.

Quand elle a 6 ans, son père décède et sa famille est expulsée et n’a plus d’argent. La veuve Colchran se remarie avec un homme assez riche pour prendre en charge tous les enfants. Mais pas de chance, il est alcoolique et bat sa femme, qui finit par demander le divorce. La justice le lui accorde grâce au témoignage de sa fille Elizabeth, mais la famille se retrouve à nouveau sans le sous. Pinky est obligée de travailler pour aider sa mère. Mais ne pouvant plus payer les frais de scolarité, elle est renvoyée de son école d’institutrices (un des rares métiers alors accessibles aux femmes).

Elle tombe un jour sur un article du « Pittsburgh Dispatch » qui la fait exploser de rage. Le texte est intitulé : « A quoi sont bonnes les filles ». Voici un extrait : « La place d’une fille est à la maison, à coudre, à s’occuper des enfants. Sans quoi, la société s’effondre. Une femme qui travaille est une abomination. » Indignée, elle rédige une réponse assassine au responsable éditorialiste du journal, qui, amusé, publie la lettre et propose à la « mystérieuse petite orpheline en colère » d’écrire pour lui. Elizabeth Colchran se lance donc dans le journalisme, sous le pseudonyme de « Nellie Bly ». Très vite, les lecteurs adorent ses articles qui traitent des conditions horribles dans lesquelles travaillent les ouvriers dans les usines. Mais les patrons des grandes entreprises (qui n’aiment pas qu’on dise  que leurs salariés sont maltraités) menacent de retirer leurs publicités des pages du journal. La rédaction propose donc à Nellie de traiter sur d’autres sujets, comme le jardinage, la couture… C’en est trop pour la jeune femme. Elle démissionne et, avec l’argent qu’elle a gagné, se retire au Mexique en compagnie de sa mère.

Lorsqu’elle rentre aux Etats-Unis, elle demande au « New York World » de l’engager. Le directeur, pour la décourager, lui propose de faire un reportage sur les asiles psychiatriques. Pour pouvoir entrer dans un de ces terribles lieux, Nellie fait semblant d’être folle et elle est envoyée à l’asile psychiatrique pour femmes du « Blackwells Island Hospital ». Elle y découvre des patientes sous alimentées, maltraitées, insultées… A son retour, elle publie son article qui fait la une du journal. Son texte provoque un scandale national. Nellie Bly a inventé le journalisme d’investigation. Elle continue les articles dans ce genre (prisonnières maltraitées, pauvreté…) et rencontre un succès énorme.

Un jour, elle entreprend un projet fou : faire le tour du monde. Elle prend pour tout bagage un petit sac et un parapluie et s’en va. Elle rencontre Jules Verne à Paris, parcourt la Terre en montgolfière, en train, à pied… Elle rentre à New York 72 jours après son départ. On la qualifie de Philleas Fogg (le héros du livre de Jules Verne qui fait le tour du monde en 80 jours).

Elle retourne ensuite s’occuper de sa famille et se marie avec un riche directeur d’usine. Hélas, il meurt et elle hérite de son usine. Nellie met en place tout un tas de réformes dans l’entreprise pour que les salariés aient des meilleures conditions de travail. Elle reprend la plume lorsque la première guerre mondiale éclate. Elle se rend en Europe, au coeur de la guerre, et elle ira jusqu’à écrire dans les tranchées. Elle revient à New York en 1920 et crée une rubrique d’investigation dans son journal.

Nellie Bly meurt d’une pneunomie à 57 ans, en 1922. Tous les ans, le New York Press Club décerne le prix Nellie Bly aux jeunes journalistes les plus audacieux.

Madeleine